Les résultats du bac 2020 : les raisons de la hausse du taux de réussite, selon Assane Ndiaye
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- L’appropriation des contenus déjà installés par les élèves durant la période de confinement. La réclusion forcée vécue par les potaches a été très bénéfique pour l’école sénégalaise, notamment les classes d’examen. En effet, la période de confinement a permis aux apprenants de digérer sans grandes difficultés tous les contenus qu’on leur avait inculqués en amont. Sans pression aucune, les élèves ont profité de ces longs moments de vacances pour réviser et consolider tous les acquis. La nature ayant horreur du vide, les potaches l’ont vite compris et transformé la situation en leur faveur. Ainsi, à la reprise, les acteurs craie en main ont constaté, au cours des premières séances de révision, que la machine était déjà bien huilée, ce qui venait contredire certains pessimistes, à la langue fourchue, qui avaient sonné le glas des potaches.
- L’accompagnement médiatique pédagogique très varié. Les élèves n’ont pas été laissés à eux-mêmes durant cette période de claustration. Un dispositif d’encadrement médiatique multiforme a assuré le suivi des apprenants à la maison. Des cours ont été dispensés par les vaillants enseignants en ligne, sur les plateaux de télévision, à la radio, sur les réseaux sociaux… Le Ministère de l’Education n’a pas lésiné sur les moyens pour un bon encadrement des élèves à travers la chaîne scolaire Canal Education mais également des plateformes contenant d’innombrables supports pédagogiques. Les télévisions privées (TFM, ITV, Mourchid TV, RDV…), les radios communautaires (Salam FM, Ndiob FM et tant d’autres radios) n’ont pas été en reste dans cet élan de générosité citoyen. Les réseaux sociaux (Facebook, les groupes Watshapp…), la presse en ligne ont joué honorablement leur partition dans l’éveil et la formation des élèves.
- L’organisation pédagogique très efficace. Les acteurs à la base ont toujours décrié le problème des effectifs pléthoriques dans les salles de classe. Comment peut-on réaliser de brillants résultats avec des effectifs de plus de 100 élèves entassés dans un espace sans ventilation, sans le minimum requis de confort ? Comment l’enseignant peut-il veiller sur tous ces potaches assoiffés de savoir ? Mission difficile et périlleuse! Les enseignants ont toujours souffert dans leur peau et leur chair pour avoir évolué quotidiennement dans ces conditions draconiennes, je dirai plutôt, inhumaines ! Tout ceci pour dire que la pandémie a été pour l’école sénégalaise un mal nécessaire, en ce sens qu’elle a, au moins, permis de révéler au grand jour les tares et les insuffisances du système. L’érection de classes à effectifs réduits (groupe pédagogique de 20 élèves) a milité considérablement en faveur des bons résultats enregistrés. Les enseignants étaient plus à l’aise, les élèves plus autonomes et plus efficaces avec une relation pédagogique adossée sur une diversité de canaux d’échanges.
- L’allègement des programmes, une aubaine pour tous les acteurs. L’allègement des programmes ne doit pas constituer une porte d’entrée pour jeter le discrédit sur les enseignants, ce corps d’élite qui s’est donné corps et âme pour sauver l’année scolaire. Certains détracteurs prétendent que les épreuves administrées ont été faciles, les enseignants trop cléments dans la correction. De telles allégations ne tiennent pas la route. En effet, évaluer des apprentissages, c’est évoquer tout simplement la problématique des objectifs pédagogiques, car, ce qui est évalué, c’est le niveau d’atteinte des objectifs pédagogiques formulés et installés en amont. Nous avons constaté que tous les objectifs évalués ont pris en compte les deux grands ensembles définis dans la taxonomie de Bloom à savoir les connaissances et les habilités et capacités intellectuelles. Il est intéressant de signaler également que l’évaluation certificative du bac ne vise pas seulement un niveau pédagogique mais tout le cycle, de la seconde à la terminale. Ce qui est élagué du programme est moindre comparé au reste. En ce qui concerne la correction des épreuves, l’office du bac a pris toutes les dispositions utiles pour minimiser tous les facteurs internes et externes susceptibles d’influencer la notation. Dans tous les jurys d’examen, les concertations, entre pairs, ont été menées, comme d’habitude, en vue d’harmoniser les positions pour une meilleure correction des épreuves. L’anonymat sur les copies a été respecté et des critères d’évaluation bien arrêtés. Mais le débat se trouve ailleurs ! Faut-il continuer avec ces programmes démentiels, archaïques et parfois non adaptés aux besoins de l’heure ? Une refonte des contenus s’impose si le Sénégal ne veut pas rater le train de l’émergence. Pour ce bac 2020, la réduction du programme a facilité la tâche aux enseignants qui avaient presqu’installé l’essentiel des contenus avant la pandémie. La quasi-totalité du temps de travail a été consacrée à l’effectuation d’exercices de renforcement et de consolidation pour permettre aux élèves d’avoir la main avant le jour fatidique.
- Le sursaut patriotique, un acte de haute portée citoyenne. Debout comme un seul homme, les sénégalais, de tous bords, se sont ligués pour faire face à l’ennemi commun, la covid-19. L’assouplissement des mesures (Etat d’urgence, couvre-feu) a entraîné la réouverture des classes. Cette décision, salutaire et salvatrice, a motivé tous les acteurs (enseignants, élèves, Etat, parents d’élèves, élus locaux…) dont la synergie des forces et des actions a fait naître un regain d’espoir dans l’espace scolaire. Les enseignants ont fait preuve de courage et de responsabilité pour avoir accepté d’aller au front dans des conditions extrêmement difficiles, défiant ainsi le virus mortel. Nonobstant la diabolisation, la stigmatisation et l’isolement qu’ils ont subis, les soldats de la craie ont fait vibrer leur fibre patriotique en saisissant le taureau de la pandémie par les cornes.
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